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news - Tour de France à la Voile: guerre des nerfs

Jul 05 2012

 

Ralliement de Dunkerque à Dieppe

Le vent est aux abonnés absents et la mer d'huile : les derniers milles se disputent sous haute tension pour les concurrents. Partis hier matin de Dunkerque, les premiers auront mis 22h30 pour rallier Dieppe dans des conditions difficiles qui ont mis les nerfs des tacticiens à rude épreuve.

A l'avant de la flotte, Nicolas Troussel et son équipage de Bretagne Crédit Mutuel Elite pointent leur étrave vers le port normand. A 7h53, ils franchissent la ligne d’arrivée ! Première étape de ralliement, première victoire pour les Bretons qui font partis des grands favoris de ce Tour de France à la Voile 2012. Dans leur tableau arrière, c’est le M34 Île de France qui prend la deuxième place. Derrière, c'est la panne, les spis se dégonflent, les vitesses chutent sous les 2 nœuds. TPM Coych parvient à se tirer d’affaire pour venir compléter ce podium.

 

Guerre des nerfs

Tout au long des 95 milles de course, les Bretons de Troussel ont démontré leur maîtrise du plan d'eau et du bateau. Partis en milieu de tableau de Dunkerque, Bretagne Crédit Mutuel Elite revient rapidement dans le match de tête et sera constamment dans le bon paquet. Hier, à partir du cap Blanc Nez, le vent thermique (vent généré par la différence de température air /mer) qui apportait jusqu’alors un souffle suffisant à la flotte, laisse place à un vent faible et aléatoire. Chacun leur tour, les bateaux bénéficient d'un petit coup d'accélérateur leur conférant un avantage momentané. Ils sont cinq à se battre en tête depuis Calais, TPM Coych, Île de France, Nantes St Nazaire, BAE Systems et Bretagne Crédit Mutuel Elite. Les cartes sont tellement redistribuées qu'en milieu de nuit, l'équipage de Martinique Médiabat sous l’effet d’un passage orageux passe de la douzième à la première place !

Au mouillage !

Dans la nuit, alors que l'interrupteur « vent » est sur Off, les bateaux sont contraints de jeter l'ancre pour ne pas subir l'influence du courant et reculer. « Il y a eu beaucoup de changement de voiles. Nous avons même mouillé une demi-heure, une heure dans la nuit » expliquait le vainqueur Nicolas Troussel à son arrivée. Si mouiller en course est difficile à gérer nerveusement, cette situation a permis à certains équipages de prendre du repos afin de conserver un peu de fraicheur pour la fin du parcours. « On a mouillé pendant une demi-heure. Dans ce cas, on en met un à la barre, un aux réglages quand même pour savoir si on peut repartir ou pas. Et puis, les autres peuvent dormir » raconte le barreur de TPM Coych, Tugdual Becquemie.  De la fraîcheur, il en fallait pour terminer cette étape éprouvante pour les nerfs.

Arrivée dans un souffle

Le vent reprend au lever du jour, les bateaux saisissent le moindre souffle pour se rapprocher de la ligne. Troussel et les siens reprennent la tête. Les Franciliens ne lâchent rien. Bord à bord avec les Bretons, ils font tout pour s’emparer de cette première étape de ralliement. A 7h00, le vent retombe de nouveau. Bretagne Crédit Mutuel Elite creuse un peu l’écart avec ses poursuivants, suffisamment pour franchir en tête la ligne d’arrivée. Ile de France se hisse à la deuxième place et Fabien Henry et son équipage sur TPM Coych, prennent la 3ème et conservent le spi bleu de leader du classement général. Le chronomètre se met en route pour les poursuivants qui se battent dans un vent quasi nul pour arriver à Dieppe avant 10h26, heure de fermeture de la ligne d’arrivée. 6 autres équipages y parviennent. Le dernier d’entre eux est Nantes Saint Nazaire E. Leclerc qui est même contraint de mouiller 5 mètres avant la ligne avant de pouvoir enfin rentrer au port ! Derrière, certains sont loin, très loin à l’image des Russes de Fascinating Seas International qui n’ont même pas réussi à passer la dernière marque de parcours, la cardinale ouest Daffodils, située à 6 milles de Dieppe ! Deux bateaux sont « Do Not Finish » sur cette première étape, l’équipage de Leonid Klepikov et les Suisses de Bienne Voile. Quatre autres équipages (Côtes d’Armor Bretagne, Iskareen, Région de Bruxelles – Capitale / Brussels Hoofdstedelik Gewest et Martinique Mediabat) sont classés sans avoir franchi la ligne d’arrivée. C’est leur passage à Daffodils, dernier pointage officiel avant l’arrivée, pénalisé de deux points qui sera pris en compte pour le classement général.

A l’arrivée au ponton, on retrouve des marins fatigués et quelques peu torpides. Les yeux mi-clos, le sourire discret, ils témoignent d'une étape fatigante. Pour preuve, la vitesse moyenne de Bretagne Crédit Mutuel Elite sur cette étape est de 4,49 nœuds soit la moyenne la plus lente sur une étape de ralliement depuis l'arrivée du M34 ! Demain la flotte disputera des parcours techniques devant la grande plage de Dieppe. Coup d’envoi à 10h00.

Une oreille sur le ponton

Daniel Souben, skipper de Courrier Dunkerque :
«  On gère mal le début d'étape, sur un mauvais choix stratégique. Cette nuit, cela a plutôt été bien, nous sommes restés longtemps derrière, un moment donné cela a compressé, et ça nous a permis de revenir. On a mouillé deux fois, une demi-heure. Heureusement que le vent est revenu un petit peu sinon ça aurait été difficile d'arriver. Dans la pétole, on a fait de bons relais ce qui a permis de rester frais quand même et justement sur la fin, on revient bien aussi parce qu'on est bien frais et on arrive quand même à gagner 2/3 places. »

Tugdual Becquemie, skipper de TPM Coych :
« C'était rigolo, et très stressant, faudrait pas que ça dure plus longtemps ! L'arrivée a été tendue parce que les deux premiers sont passés et nous, nous n’étions vraiment pas loin mais le vent est tombé complètement. On s'est demandé vraiment si on allait pouvoir finir, et puis, heureusement pour nous, le vent est rentré. Ca l'avait déjà fait une ou deux fois, il y avait une petite hiérarchie établie. Dès qu'il y a une panne de vent ça repart un peu à zéro. Il fallait être zen, cool. Eric (Péron, ndr) a fait une super nav', il déroule bien ce qu'il fait, ça veut dire qu'on est bien au courant et qu'on suit complètement son raisonnement. On comprend pourquoi il fait ça et puis à nous de lui faire comprendre qu'on a confiance en lui, qu'on croit en ce qu'il fait. On a passé du temps à analyser le plan d'eau et à observer les conditions. A la fin, ça fume un peu dans le cerveau. On est bien dedans, Eric est dans le coup, ça augure de bonne choses pour la suite »

Nicolas Troussel, skipper de BretagneCrédit Mutuel Elite :
" Ce premier ralliement a été très compliqué, je suis content de ne pas avoir fait une mauvaise manche car tout était réuni pour prendre une tôle. Heureux d'avoir gagné la régate car nous nous sommes bien battus, on a toujours cru dans nos options même si nous avons perdu un peu à certains moments. Nous avons réussi à rester calme. Nous avons continué à travailler pour faire avancer le bateau et se retrouver devant au petit matin. Il y a eu beaucoup de changement de voiles. Nous avons même mouillé une demi-heure, une heure dans la nuit. On va maintenant prendre un bon petit dej car nous avions été un peu léger en nourriture. Puis au lit ! "

www.tourvoile.fr

© Jean-Marie Liot / ASO

© Jean-Marie Liot / ASO